Exclusif : l'Oceana Ranger attaqué par 7 bateaux de pêche.
Oceana, organisation internationale indépendante de recherche et de conservation marin vient de nous informer qu'hier, son catamaran, l'Oceana Ranger a été encerclé et immobilisé par sept bateaux de pêche français. Les équipages des bateaux incriminés réclamaient notamment les appareils photos ayant servi à rassembler des informations sur leurs activités de pêche avec des filets dérivants. L'attaque visiblement organisée à commencée en début de matinée, et visait directement l'Oceana Ranger, bateau de recherche halieutique, qui a pour mission de rassembler depuis près de deux semaines un maximum d'informations sur les activités d'une flotte d'environ 80 bateaux de têche français, soupçonnés d'employer des filets dérivants sur des longueurs comprises entre 5 et 8 km.
Ces filets, appelés également thonailles sont plus précisemment utilisés illégalement pour pour la capture du thon et de l’espadon dans le Golfe du Lion. Cette interdiction se manifeste notamment par une interdiction de l'Union européenne datant de 2002 et une seconde du Conseil d'Etat français, qui a d'ailleurs annulé en 2005 les décrêts qui autorisaient l´utilisation de ces engins de pêche, accusés d'après les études scientifiques de provoquer la mort de centaines de cétacés chaque année.
Dans cette conjoncture, l'Oceana Ranger avait pour mission de déterminer les zones de pêche des bateaux à filets dérivants et à observer la manière de procéder des bateaux concernés en relevant des données et photographiant la longueur des filets et les captures qui se produisent. Ces données sont ensuite fournies aux autorités françaises et à celles des autres pays, à la Commission européenne et aux organisations internationales de contrôle des pêcheries afin de faciliter le suivi de la pêche illégale ou IUU (sigle en anglais). L’année passée, Oceana a mené une campagne similaire sur la flotte italienne et a bénéficié de la collaboration de sa garde-côtière. Rappelons également qu'Oceana restreint son action à la collecte d´ informations scientifiques et graphiques et à leur transmission aux organismes administratifs et aux autorités compétentes.
Le thonailler français Shark IV, essayant de cacher le nom de son embarcation à l'aide de bouées, se positionne face à la proue du Oceana Ranger afin de détenir son avancée ou provoquer une collision. © OCENA/Xavier Pastor
L'attaque d'hier fait suite à de précédentes attaques ayant eu lieu les deux dernières semaines au cours de l'enquête d'Oceana dans le Golfe du Lion et le nord de la Corse. L'Oceana Ranger a été violemment attaqué par une flottille de thonaillers, 25 milles au sud de Saint Raphaël. Les bateaux de pêche, arrivant de divers endroits ont commencés leurs attaques en lançant un feu de bengale ( tube en carton ou en métal dans lequel on dispose un mélange pyrotechnique qui va se consumer lentement et générer un fort dégagement de lumière et de fumée.) depuis le bateau de pêche Gallus contre le bateau de recherche et ont ensuite tenté de provoquer des collisions entre le catamaran et les bateaux de pêche.
A ce propos Oceana déclare dans un communiqué "Alors que toutes les embarcations naviguaient à vitesse élevée; les bateaux Orchidée II et Santa II jouaient un rôle de coordination dans cette opération. À diverses reprises, plusieurs des bateaux ont lancé à l’eau des bouées attachées à des cordes et ont réussi à accrocher les hélices des deux moteurs du bateau de recherche qui a dû s’arrêter."
D'après nos sources, les bateaux de pêche, après avoir encerclé l’Oceana Ranger s’y sont amarrés, et certains membres de l’équipage armés de gaffes, ont menacé de monter à bord si les appareils photos ne leurs été pas donnés. D'après l'équipage de l'Oceana Ranger, les individus en question se fendaient également de nombreux actes exhibitionistes.
Le thonailler français Gallus coupant la route du Oceana Ranger à la proue et dans le but de provoquer une collision et forcer le bateau de recherche à stopper son avancée. Les pêcheurs ont exigé des scientifiques d'Oceana la remise des images photographiques et vidéos documentant leurs usages de filets dérivants interdits l'Union Européenne et les Nations Unies. © OCENA/Xavier Pastor
L'attaque, d'une rare violence, aura durée plus d'une heure. Pendant tout ce temps, l’équipage de l’Oceana Ranger est resté calme et n’a pas répondu, ni physiquement, ni verbalement aux attaques des bateaux de pêche. L'équipage, faisant preuve d'un rare sans froid, s'est contenté d’éviter une collision avec les bateaux incriminés. L'attaque a cessé lorsque les autorités maritimes françaises, informées de l'incident par voie radio, sont intervenues sur place avec deux hélicoptères, ce qui a mis en fuite immédiate les bateaux de pêche à filets dérivants.
Les plongeurs d’Oceana ont ensuite pu retirer les cordes enroulées sur les hélices du Ranger qui a retourner vers le port de Bastia, en Corse.
Xavier Pastor, coordinateur à bord de l'Oceana Ranger à notamment déclaré à ce sujet : "Je suis sûr que les plus intelligents des armateurs des thonnaillers se sont à présent rendu compte de l’énorme erreur qu’ils ont commise en menant cette attaque sauvage contre un bateau de recherche qui n’avait en aucun cas interféré dans leur activité et qui cherchait uniquement à relever des données et à photographier cette activité”, ajoutant que “Si quelqu’un avait encore des doutes quant au caractère illégal des filets dérivants français, l’acharnement brutal présenté par les bateaux de pêche lorsqu’ils ont tenté à tout prix d’empêcher que le public et les autorités ne puissent connaître le résultat de ces activités les met clairement en évidence”.
Le dirigeant d’Oceana s'est déclaré très préoccupé par la version absolument dénaturée des faits qui a été présentée par les porte-parole de la flottille des bateaux de pêche français. Afin de répondre de manière incontestable, les images prises à partir de l’Oceana Ranger vont être transmises aux médias et aux autorités.
Crédits photos : © OCENA/Xavier Pastor
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