Mise en garde américaine au Soudan contre l'impasse militaire au Sud
Juba, Soudan (PANA) - Les Etats-Unis ont appelé à un retrait rapide des troupes soudanaises déployées dans le Sud-Soudan, tout en exhortant Khartoum à trouver une rapide solution au risque d'une impasse militaire concernant la démarcation des champs pétrolifères du sud du pays. Khartoum, qui devait finaliser le retrait de ses troupes du Sud- Soudan dans la première semaine du mois de juillet, a retiré 66% environ des troupes stationnées dans les régions pétrolifères du sud du pays.
Selon Allan Reed, représentant du Département d'Etat américain, qui s'exprimait mardi, à Juba, la mise en œuvre de l'Accord de paix global (CPA), qui a marqué l'arrêt des 21 ans de guerre civile dans le Sud-Soudan, est "imparfaite" et menace de tuer l'esprit de la paix au Soudan.
"Aujourd'hui, les Etats-Unis dépensent des millions de dollars pour maintenir les populations du Darfour en vie…nous ne pouvons permettre à l'esprit du CPA de mourir… il faut restaurer la confiance dans le CPA", a-t-il ajouté.
Suite à cette déclaration du responsable américain, le premier vice- président du Soudan, Salva Kiir Mayardit s'est plaint de l'impasse qui fait obstacle aux efforts de mise en oeuvre d'importantes parties de l'accord de paix entre le Nord et le Sud, qui reconnaissait aux Soundanais du Sud des droits égaux concernant la garde des champs pétrolifères du Sud.
Le vice-président Kiir Mayardit a indiqué que la mise en oeuvre de l'accord est bloquée à un moment crucial, alors que des millions de personnes déplacées par des décennies de guerre étaient en train de rentrer chez elles et que le verrou qui empêche l'application d'un accord sur les régions d'Abyei, objets d'un contentieux, n'a pas encore sauté.
Aux termes du CPA, la question très sensible d'Abyei, qui produit 67% environ du pétrole brut du Soudan, devait être réglée après le dépôt du rapport d'une commission frontalière, composée de délégations du Sud et du Nord-Soudan.
Les deux parties avaient accepté de respecter le rapport de la commission frontalière sur Abyei. Cependant, le Parti du congrès national (NCP) a rejeté le rapport de la Commission frontalière, ce qui a provoqué l'impasse actuelle. Il en résulte que les frontières, qui marquent les limites des champs pétrolifères et des Etats producteurs de pétrole du Sud-Soudan, n'ont jusqu'ici pas fait l'objet d'une démarcation.
"Le CPA est entré dans sa troisième année et… sa mise en œuvre a été imparfaite, le cadeau de la paix continuant d'être obscurci par le conflit dans le Darfour", a réaffirmé M. Reed.
Il a indiqué que le gouvernement américain souhaiterait ce qu'il a qualifié de mise en oeuvre "solide et crédible" du CPA.
"Les Etats-Unis appellent le Gouvernement d'union nationale à veiller à ce que la mise en oeuvre du CPA soit solide et crédible grâce au retrait et au redéploiement de ses troupes à Abyei, dans l'Etat de Kordofan", a déclaré M. Reed.
Il a prévenu que "le retard est l'ennemi de la paix", tout en ajoutant qu'à l'instar de la mémoire du Dr John Garang, "il ne fallait pas laisser mourir le CPA…il faudrait plutôt le renforcer par des avancées dans le Darfour".
Auparavant, le mois dernier, les Nations Unies avaient affirmé dans un communiqué que l'armée du Nord n'avait pas respecté la date-butoir qui avait été fixée pour le retrait de ses troupes en vertu de l'accord de paix et qu'elle continuait de rémunérer des milices illégales basées dans le Sud. Le CPA, signé le 9 janvier 2005, avait créé un gouvernement autonome du Sud et deux armées séparées et prévoyait le déploiement d'unités conjointes dans les principales villes et zones pétrolières.
L'accord prévoyait un redéploiement intégral avant le 9 juillet.
S'exprimant à l'occasion d'une conférence de presse, convoquée mercredi à Juba, le vice-président Kiir avait fait valoir que les retards constatés dans la mise en oeuvre des volets cruciaux du CPA menaçaient la sécurité et la fourniture des services essentiels aux populations d'Abyei et des autres Etats, privées d'autorité.
"Un comité exécutif co-présidé par le second vice-président Ali Osman Taha et le vice-président du Sud-Soudan, Riek Machar, a été mis sur pied pour un règlement harmonieux des questions en suspens, notamment celle d'Abyei", a encore relevé M. Kiir.
M. Kiir, qui est également président du Sud-Soudan, a déclaré que la SPLA a presque finalisé le retrait des troupes de l'Est du Soudan, où son projet de retrait avait provoqué la crainte de voir s'installer un vide en matière de sécurité. Il a, en outre, noté que la SPLA maintenait quelques éléments, soit 120 hommes environ, dans le sud du Nil Bleu.
"Le Nord a annoncé qu'il n'avait pas l'intention de retirer ses troupes des zones productrices de pétrole, mais j'affirme que nous avons plus de 24.000 Unités intégrées conjointes, une force composée de combattants de la SPLA et des Forces armées soudanaises, présentement basées dans le Sud et qui seront déployées pour garder les champs de pétrole", a conclu M. Kiir.
Comments
Log in or create a user account to comment.
